Madama Butterfly : des chants puissants sans artifices

Nous n’avons pas hésité une seconde à nous rendre à la répétition de l’opéra Madama Butterfly la semaine dernière à la Place-des-Arts! Étant un classique de Giacomo Puccini et connaissant bien la célèbre chanson Un bel di vedremo, nos attentes étaient plutôt hautes devant cet opéra qui ouvrait la saison de l’Opéra de Montréal. Malheureusement, nous avons trouvé que ce dernier manquait de rythme, qu’il y avait certaines longueurs et que le jeu des personnages n’était pas totalement convaincant.

Melody Moore (Cio-Cio-San) © Yves Renaud (2)

Madama Butterfly raconte l’histoire d’une geisha japonaise de 15 ans vivant à Nagasaki qui tombe amoureuse du militaire américain Pikerton. Les deux se marient au Japon, dans un pays où ce mariage ne signifie rien aux yeux des Américains. Abandonnant Madame Butterfly à son triste sort, l’homme retourne dans son pays plongé de remords certes, mais sans plus. Se trouvant une nouvelle épouse américaine et rendant visite seulement 3 ans plus tard à Madame Butterfly, c’est toute cette tristesse que l’on vit en tant que spectateurs. Celle d’une adolescente laissée à elle-même, amoureuse et effondrée par cet abandon et ce nouveau mariage. Une tristesse qui lui enlèvera la vie.

Antoine Bélanger (F.B. Pinkerton) Melody Moore (Cio-Cio-San) © Yves Renaud

Le rideau se lève et on se retrouve immergé au Japon avec de magnifiques arbres japonais qui surplombent la scène, des portes coulissantes et un énorme plancher de bois allant d’une coulisse à l’autre. Un décor magnifique, mais qui fut très statique, qui n’a pas été changé ou altéré de tout le spectacle, ce qui ajoutait au manque de rythme de l’opéra selon nous.

Les personnages se présentent à nous. Madama Butterfly jeune adolescente de 15 ans, est interprétée par Mélodie Moore une très grande dame à la carrure bien bâtie. Déjà, on venait de casser l’image douce, délicate et inoffensive de la petite Butterfly que nous avions en tête. Nous n’avons malheureusement pas aimé son jeu d’actrice un peu trop caricatural. Toutefois, ses performances musicales étaient magnifiques, ayant une voix juste et captivante dans les graves comme dans les aigus. Son interprétation du chant Un bel di vedremo, fut un moment magique de la représentation! C’est une chanson grandiose qui nous a tous coupé le souffle et qui nous a finalement fait vivre le désespoir de Butterfly. Malgré un remplacement de dernier moment, Pikerton (Antoine Bélanger) est convaincant dans son rôle. Sa voix nous surprend fortement lorsqu’elle touche les notes aigues et nous saisie.

La mise en scène assez simple laissait beaucoup de place aux chanteurs, qui ne l’ont toutefois pas prise ajoutant alors certaines longueurs aux scènes. Par moment, nous étions plus de cinq minutes devant une Butterfly désespérée, en attente de son mari, sans parole, sans grand jeu d’acteur, sans envolées musicales, alourdissant ainsi les scènes. Nous avons toutefois beaucoup apprécié les changements de lumières qui donnaient une meilleure vivacité à celles-ci.

MB4

Somme toute, nous avons aimé notre moment à l’Opéra de Montréal. Nous avons apprécié les chants et le talent des chanteurs qui nous ont interprété un bel opéra, malheureusement sans grands artifices. Nous aurions sans doute aimé être surpris davantage par ce classique et être pris d’une émotion sans pareil comme celle que semblait vivre Madama Butterfly.

Photos : Opéra de Montréal