HEY KID, YOU WANT A TOOTHPICK?

Une fin de semaine pluvieuse un tantinet maussade était au rendez-vous en ce début d’octobre, qui s’étirait sur toute la gamme de la nuance grise et qui donnait le cafard.  Température idéale pour rester chez-soi, quoi. Mon week-end se résume à un marathon de rédaction de mon recueil de nouvelles (oui,oui!), de visionnement de DVD et de bouquins à lire, bien emmitouflée sous les couvertes.

L’unique fois où j’ai dû affronter la pluie diluvienne était pour aller m’enfermer dans la pénombre d’une salle de cinéma. La projection était un film indépendant de Nicolas Winding Refn, Drive, adapté du roman du même nom, de James Sallis. Le très versatile Ryan Gosling,  la douce Carey Mulligan, Brian Cranston, la délicieuse Christina Hendricks et Albert Brooks se partagent l’écran dans ce drame d’action.

Drive relate l’histoire d’un jeune homme dont on ignorera le prénom tout le long du film, interprété par Gosling, qui est un cascadeur le jour. Dès que les dernières lueurs de soleil quittent le ciel de L.A., il se transforme en conducteur pour les escrocs. Énigmatique, peu volubile, efficient et infiniment doué, le « driver » est la personne toute désignée pour la besogne. Il sera impliqué dans une romance avec sa voisine de palier et mère monoparentale, Irene, jouée par Mulligan. Leur flirt prendra fin lorsque l’époux de cette dernière sera de retour au bercail, après avoir purgé une peine au pénitencier. Le hic, c’est que celui-ci doit une somme faramineuse à de puissants scélérats, afin d’assurer sa protection en taule. S’étant entiché de la belle et pris d’affection pour son fils, le « driver » se donne pour mission de venir en aide à la famille. Un contrat de braquage tourne au vinaigre et il prendra vite conscience que les hauts placés dans cette sale magouille veulent bien plus qu’un sac rempli de billets de banque. Avec un script de la sorte, on aurait aisément pu flancher dans l’engrenage du cliché. Or, c’est loin d’être le cas.

Drive est un opus dont la narration se fait par des mouvements de caméscope lents, où peu de paroles sont échangées entre les protagonistes principaux et où la trame sonore europop synthétisée  avec une touche de eighties accompagne chaque scène de façon majestueuse, nous plongeant dans la perspective du protagoniste au passé occulte.

Les regards empreints d’émois, les sourires timides entre Irene et son voisin, la chimie entre celui-ci et le petit, le contraste des scènes d’une violence ahurissante et celles plus douces, quasi-poétiques, entrecoupées par des épisodes où un Gosling au visage flegmatique est au volant de sa bagnole, le jeu de luminosité et d’angles de caméra, une direction photo à faire jalouser Xavier Dolan, des scènes mémorables dont une légendaire poursuite en voiture, passant par la scène épique de l’ascenseur et une finale exquise font de ce film un mastodonte du septième art qu’on n’avait pas vu depuis une éternité.

Parions qu’après l’écoute de ce chef-d’œuvre, les garçons voudront se promener avec un cure-dent dans la gueule, se faire broder un signe de scorpion à l’endos de leur veste (peut-être pas) et se balader en véhicule très tard la nuit sur des airs de A Real Hero de College feat. Electronic Youth (fort probable).

La bande-annonce n’est qu’une maigre représentation de ce long-métrage exceptionnel qui a reçu un standing ovation  d’une dizaine de minutes au Festival de Cannes en mai dernier. Refn a notamment été élu meilleur réalisateur, rien de moins, pour Drive. Allez-voir ce film, je vous en conjure.

L.

Les images ont été prises sur IMDB. What else?