Searching for Sugar Man

Découvrir un artiste ou un film bouleversant compte parmi les choses magiques de la vie qui font en sorte que je pourrais me promener en sifflotant tout comme un des 7 nains. Soudainement cet être ou cet oeuvre vient me hanter d’une telle façon que tout ce que je connaissais avant devient légèrement futile ou moins bon. Comme lorsqu’on est en amour. Plus précisément dans la phase lune de miel. Récemment cet amour idolâtrique m’a foudroyé :  j’ai découvert Sixto Rodriguez et depuis lui et moi on ne se lâche pas. Si vous me connaissez personnellement, je vous ai probablement déjà cassé les oreilles avec le documentaire Searching for Sugar Man (en nomination pour le meilleur documentaire de l’année) qui joue présentement au AMC.

Pour faire une histoire courte sur le personnage (sans vous dévoiler les « punchs » du documentaire), Sixto Rodriguez a écrit 2 albums grandioses dans les années 70 qui n’ont malheureusement pas été reconnus à leur juste valeur aux États-Unis. N’ayant pas le succès escompté et une famille à nourrir, Rodriguez décida de retourner travailler dans la construction. Ce qu’il ne savait pas à cette époque c’est qu’il connaissait un succès fou en Afrique du Sud. Les paroles de Rodriguez (très proche de la classe ouvrière, de la justice sociale et des conflits raciaux) sont venues toucher les sud africains qui vivaient dans ces années sous l’emprise du communisme et de l’apartheid. Étrangement, et on ne sait toujours pas comment, mais quelqu’un aurait parti la rumeur qu’il s’était immolé sur scène laissant les sud africains, qui le vénéraient autant (sinon plus) que Bob Dylan et les Rolling Stones, sans explication sur qui il était et ni même d’où il venait…La seule image qu’ils possédaient de lui c’était la pochette du vinyle de Cold Fact.

Un journaliste, qui était sceptique face à toute cette histoire de suicide sur scène, entreprit en 1998 les démarches pour retrouver Rodriguez. C’est grâce à une photo sur une pinte de lait et à l’internet que le journaliste retrouva cet homme qui ne connaissait pas, jusqu’à ce jour, l’étendue de son succès… Je voudrais vous donner un million de détails supplémentaires, mais j’ai envie de vous laisser un peu de suspense parce qu’il faut aussi que vous ayez voir le film sur cette personne extraordinaire.

Le week-end dernier, je me suis rendue à Boston pour voir le personnage jouer dans un petit bar de Cambridge. C’est devant une foule majoritairement composée de têtes blanches qu’il est monté sur la scène accompagné de sa fille. Bien que sa vision soit maintenant un peu trouble, c’est lorsqu’il s’est mis à fredonné les premiers mots de Crucify your mind que j’ai compris que même si son corps avait vieilli, il n’avait rien perdu de sa voix et de son charisme. Un genre d’être humain merveilleux autour duquel circule un aura de prophète. Pour reprendre les mots de ma collègue Nathalie du blogue Dans la cabine, « il ne faudrait pas qu’il se parte une secte celui-là parce que j’embarquerais dedans ».

Entre 2-3 paroles de vieux sages, quelques blagues rigolotes et ses succès de Cold Fact, je me suis surprise à verser quelques larmes tellement j’étais charmée. De la musique qui fait du bien au moral.